15 % en moyenne. C’est ce que le gouvernement a annoncé le 1er février 2025 pour la baisse des tarifs réglementés de vente (TRV) de l’électricité, avec près de 14 % pour un groupe de consommateurs au TRV (source : Selectra). Une baisse réelle, et significative après une décennie de hausses. Sauf que sur votre facture, vous n’avez probablement pas vu apparaître ce -15 %. Vous avez vu autre chose, plus modeste.

Le sujet a été couvert partout en février, souvent sous forme de communiqué relayé sans décodage. Ce qui a manqué, c’est l’explication concrète : qu’est-ce qui baisse vraiment, qu’est-ce qui ne baisse pas, et comment lire votre propre facture une fois la poussière retombée.

Le contexte exact de la baisse de l’électricité en 2025

L’annonce du 1er février 2025 vise les tarifs réglementés de vente, donc le tarif Bleu d’EDF auquel sont éligibles les particuliers et les très petits professionnels. Toutes les offres de marché indexées sur le TRV ont suivi mécaniquement ; les offres à prix fixe signées avant la baisse, elles, n’ont pas bougé.

Côté marché de gros, le tableau est moins spectaculaire. Le prix spot moyen annuel 2025 s’est établi à 61 €/MWh contre 58 €/MWh en 2024 (source : RTE, Bilan électrique 2025). Le contrat à terme CAL26, qui fixe les volumes pour l’année suivante, est passé de 59 à 58 €/MWh sur l’année (source : Optima Énergie). Autrement dit, le marché de gros n’a pas dévissé. La baisse côté consommateur final vient principalement d’une correction réglementaire après les années de bouclier tarifaire et de surcoûts liés à la crise énergétique.

La consommation française elle-même est restée plate : environ 449 TWh en 2025, identique à 2024, et inférieure d’environ 6 % aux niveaux 2014-2019 pour la troisième année consécutive (source : Connaissance des énergies, d’après RTE). Côté UE, la consommation a même légèrement progressé (+0,7 % selon RTE). On n’est donc pas dans un scénario où une demande effondrée tirerait les prix vers le bas. La baisse de 2025 est politique et réglementaire avant d’être structurelle.

Comment se compose vraiment votre facture d’électricité

Une facture d’électricité française n’est pas un seul prix. C’est l’empilement de quatre couches indépendantes, chacune avec sa propre logique d’évolution. Quand un prix « du kWh » baisse, vous ne savez pas encore ce qui se passe sur les trois autres couches. Et c’est précisément là que se joue l’écart entre l’annonce gouvernementale et le montant prélevé chaque mois sur votre compte.

Le prix du kWh : la part qui a vraiment baissé en 2025

C’est la part variable, proportionnelle à votre consommation. Sur le tarif Bleu en option Base, c’est ce qui a baissé d’environ 15 % en février 2025. Sur l’option Heures Pleines / Heures Creuses, la baisse a porté sur les deux plages, avec un léger avantage relatif sur les heures creuses selon les profils.

Plus votre consommation annuelle est élevée, plus le poids relatif de cette part variable est important dans votre facture. Un foyer chauffé à l’électricité avec 12 000 kWh/an verra une baisse en valeur absolue plus visible qu’un appartement parisien à 2 000 kWh/an, même si le pourcentage théorique est identique.

L’abonnement et le TURPE : la part fixe qui n’a pas suivi

L’abonnement, c’est ce que vous payez chaque mois indépendamment de ce que vous consommez. Il dépend de la puissance souscrite (3, 6, 9, 12 kVA…). Le TURPE (Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Électricité) couvre l’acheminement, donc l’usage du réseau RTE et Enedis. Il représente une part fixe et une part variable, mais sa logique d’évolution est totalement décorrélée du prix de l’énergie : le TURPE est revu périodiquement par la CRE selon les coûts du réseau.

Concrètement, sur la facture moyenne d’un foyer de 4 500 kWh en 6 kVA, l’abonnement et le TURPE pèsent grossièrement entre 30 et 40 % du total TTC. Ces 30-40 % n’ont pas baissé de 15 % en 2025. Ils ont suivi leurs propres petites évolutions, parfois à la hausse.

L’accise et la TVA : l’angle mort de l’annonce gouvernementale

L’accise sur l’électricité, anciennement CSPE, est passée par plusieurs phases depuis le bouclier tarifaire. Elle avait été abaissée en 2022-2023 pour amortir la crise. En parallèle de la baisse du TRV en février 2025, l’accise est remontée vers ses niveaux de référence. Résultat : une partie du gain côté kWh a été reprise côté taxe.

La TVA, elle, suit deux taux différents : 5,5 % sur l’abonnement et la CTA, 20 % sur la consommation et l’accise. Quand le prix HT du kWh baisse, la TVA à 20 % qui s’applique baisse en proportion ; mais quand l’accise remonte en parallèle, l’assiette taxable repart vers le haut. Le solde net dépend du sens et de l’ampleur exacts des deux mouvements.

Pourquoi la baisse de 15 % ne donne pas -15 % sur la facture

Mathématiquement : si votre part « kWh consommé » représente 50 % de votre facture totale et qu’elle baisse de 15 %, l’impact total est de 7,5 %. Si elle représente 60 %, c’est 9 %. Si elle représente 70 % (gros consommateur, chauffage électrique), c’est 10,5 %.

Avant même de tenir compte de la remontée de l’accise, on est donc entre 7 et 11 % de baisse réelle sur la facture totale, pas 15 %.

C’est exactement ce que retrouvent la plupart des particuliers qui comparent leur prélèvement de mars 2025 à celui de janvier 2025.

TRV ou offres de marché : qui profite vraiment de la baisse

Tous les contrats d’électricité ne sont pas logés à la même enseigne face à une baisse réglementaire. Trois cas de figure se distinguent nettement.

Les clients au tarif Bleu EDF : la baisse mécanique

Les abonnés au TRV ont vu la baisse appliquée automatiquement à partir du 1er février 2025. Pas d’action à mener, pas de démarche, le nouveau tarif s’est déclenché à la prochaine facture. Pour ces ménages, la question n’est plus de basculer ; elle est de vérifier si une offre de marché reste compétitive après la baisse.

Les offres indexées sur le TRV : alignement automatique

Les offres « -X % par rapport au TRV » se sont alignées par construction. Si vous étiez à -10 % du TRV, vous restez à -10 % du nouveau TRV, donc votre tarif a baissé d’autant. C’est le scénario le plus simple et le plus avantageux structurellement.

Les offres à prix fixe signées avant 2025 : le piège qui s’est inversé

Le cas le plus douloureux. Beaucoup de ménages avaient signé entre 2022 et 2024 des contrats à prix fixe sur 1 à 3 ans, à des niveaux élevés cohérents avec la crise énergétique. Ces contrats sont par essence non révisables. Avec la baisse du TRV en février 2025, certains de ces contrats sont devenus plus chers que le tarif réglementé.

Il faut comparer son prix HT du kWh avec celui du tarif Bleu post-baisse. Si l’écart dépasse 5 à 10 % en défaveur de votre offre, le coût d’opportunité d’un changement devient sérieux. La résiliation est gratuite et sans préavis pour les particuliers, donc l’arbitrage est purement économique. Pour suivre ces écarts mois par mois, une appli de gestion de budget avec catégorie « énergie » fait souvent mieux qu’un tableur Excel oublié dans un coin de Drive.

Heures pleines, heures creuses et option base : ce qui a bougé en 2025

L’arbitrage entre option Base et option Heures Pleines / Heures Creuses (HP/HC) ne change pas dans son principe avec la baisse de 2025. La règle empirique reste : il faut consommer au moins 30 % de son énergie en HC pour que l’option HP/HC devienne rentable, sachant que l’abonnement HP/HC coûte environ 10 à 15 % plus cher que celui en Base.

Ce qui a légèrement bougé, c’est l’écart absolu entre les deux plages, qui s’est resserré sur certains barèmes. Si vous étiez juste à la limite de rentabilité en 2024, refaire le calcul en 2025 avec vos relevés Linky de l’année passée vaut le détour.

Évolution du prix de l’électricité après 2025

Côté marché à terme, le contrat CAL26 à 58 €/MWh suggère une année 2026 stable, voire légèrement plus calme que 2025. Mais la facture finale dépend de bien plus que du marché de gros : évolutions du TURPE (révisé périodiquement par la CRE), trajectoire de l’accise, fiscalité. Les annonces politiques sur ces leviers peuvent à elles seules contrebalancer un marché stable.

Côté production, la disponibilité du nucléaire et l’apport des renouvelables continuent de tirer mécaniquement les prix de gros vers le bas en moyenne, mais avec une volatilité accrue sur les pointes. Pour le particulier, c’est l’argument principal en faveur des offres dites « dynamiques » indexées sur le marché spot horaire, qui se développent sans encore percer chez le grand public.

Au-delà de la facture, l’autre levier reste la consommation elle-même. Un PC fixe haut de gamme allumé 8 heures par jour pèse plus lourd que beaucoup ne l’imaginent, et le choix du processeur sur un nouveau montage joue de quelques dizaines d’euros par an sur la facture annuelle. C’est l’angle mort des conversations sur le « prix du kWh » : on regarde le tarif, on oublie le compteur.

Pour les installations un peu vieillissantes, c’est aussi le moment de regarder l’amont : un tableau électrique mal protégé ou une installation où les différentiels créent des pertes parasites peuvent ronger plusieurs pourcents de consommation sans que vous le voyiez sur le Linky autrement qu’en cumul. Et si vous utilisez du CPL pour étendre votre réseau domestique, le panorama 2025 sur les courants porteurs explique comment certaines configurations multiplient les conversions inutiles.

Questions fréquentes

Quand la baisse de l’électricité 2025 a-t-elle pris effet ?

La baisse des tarifs réglementés de vente s’est appliquée au 1er février 2025, pour environ 15 % en moyenne et près de 14 % pour une partie des consommateurs au TRV (source : Selectra). Les offres de marché indexées sur le TRV ont suivi automatiquement à la même date. Les offres à prix fixe, elles, ne sont pas concernées tant que le contrat court.

Faut-il quitter une offre de marché pour revenir au tarif Bleu en 2025 ?

Pas systématiquement. Tout dépend de l’écart entre votre prix HT du kWh actuel et le nouveau prix HT du tarif Bleu post-baisse. Si votre offre est indexée sur le TRV, vous restez probablement gagnant. Si elle est à prix fixe et signée en 2022-2023, le tarif Bleu peut être redevenu plus compétitif. Le passage est gratuit, sans préavis ni frais, donc l’arbitrage se joue uniquement sur le prix.

L’électricité va-t-elle continuer à baisser en 2026 ?

Le contrat à terme CAL26 s’établit à 58 €/MWh contre 59 €/MWh en début de période (source : Optima Énergie), ce qui pointe vers une année 2026 stable plutôt que vers une nouvelle baisse marquée. Les évolutions du TURPE et de l’accise resteront le principal facteur d’oscillation côté facture finale, indépendamment du marché de gros.

Pourquoi ma facture n’a-t-elle baissé que de 8 ou 9 % au lieu de 15 % ?

Parce que la baisse de 15 % portait sur la part variable du kWh consommé, qui ne représente qu’environ 50 à 70 % de la facture totale selon votre profil. Le reste (abonnement, TURPE, taxes) n’a pas baissé proportionnellement, et l’accise a même été revalorisée en parallèle. Une baisse facturée de 8 à 11 % sur le total TTC est cohérente avec l’annonce de février 2025.

Quiz personnalisé

Votre recommandation sur baisse de l'électricité en 2025

Trois questions pour cibler la config / le produit fait pour votre usage.

Q1 Votre usage principal ?
Q2 Votre budget ?
Q3 Votre contrainte prioritaire ?