La loi vous impose d’équiper votre parking en bornes de recharge. C’est écrit noir sur blanc dans la loi LOM depuis 2020, renforcée par la loi Climat de 2021. Mais entre le texte officiel et la réalité de votre tableau électrique, il y a un écart que les circulaires ministérielles ne comblent pas. Installer des bornes sans avoir repensé l’infrastructure, c’est comme brancher un chauffe-eau de 9 kW sur un circuit prévu pour l’éclairage : ça fonctionnera jusqu’à la première surcharge.
Le vrai sujet n’est pas de savoir si vous êtes concerné. Vous l’êtes probablement. Le vrai sujet, c’est de dimensionner l’installation pour qu’elle tienne la charge sans claquer, et de choisir des bornes qui ne deviendront pas obsolètes quand le constructeur décidera que le modèle n’est plus supporté.
Nous allons dérouler l’obligation point par point, puis nous attarder sur ce que les textes ne disent pas : le dimensionnement électrique, le pilotage énergétique, et la différence entre une borne pilotable localement et une borne prisonnière d’une application propriétaire.
La loi LOM et le seuil des 20 places : qui est concerné
L’article 64 de la loi d’orientation des mobilités (LOM) et le décret du 11 mars 2021 fixent les obligations. Elles se déclenchent en fonction du nombre de places de stationnement du bâtiment, pas en fonction du chiffre d’affaires ni du nombre de salariés.
Pour un bâtiment neuf dont le permis de construire a été déposé après le 1er janvier 2017, l’obligation est simple : dès que le parking compte plus de 10 places, vous devez pré-équiper l’intégralité des emplacements. Cela signifie tirer les gaines et les câbles jusqu’à chaque place. Si le parking dépasse 40 places, vous devez en plus installer au minimum 2 bornes opérationnelles, dont une accessible aux personnes à mobilité réduite.
Pour un bâtiment existant (permis déposé avant le 1er janvier 2017), le seuil déclencheur est de 20 places. Si votre parking atteint ou dépasse cette limite, vous devez équiper au minimum une place sur vingt d’une borne de recharge avant le 1er janvier 2025. Concrètement, un parking de 60 places existantes doit compter au moins 3 bornes.
Cette obligation concerne les parkings clos et couverts dépendant d’un bâtiment à usage tertiaire (bureaux, commerces, entrepôts) ou industriel. Les parkings en extérieur non attenants à un bâtiment tertiaire ne sont pas concernés, ce qui exclut de fait beaucoup de zones commerciales périphériques dont les parkings ne sont pas couverts.
Les sanctions en cas de non-respect sont encore peu appliquées, mais le défaut d’équipement peut bloquer une vente ou une mise en location du bâtiment lors d’un contrôle de conformité. Dans les faits, la pression vient surtout des salariés eux-mêmes : un employeur qui refuse d’installer des bornes se prive d’un argument de recrutement dans les bassins d’emploi où le véhicule électrique se généralise.
Le dimensionnement électrique : ce que la loi ne calcule pas pour vous
La loi dit « installez des bornes ». Elle ne dit rien sur la capacité de votre arrivée électrique à supporter la charge. Une borne de 7,4 kW tire 32 ampères en monophasé. Une borne de 22 kW en triphasé, c’est 32 ampères par phase. Multipliez par le nombre de bornes simultanément actives, et vous obtenez une puissance qui peut dépasser la capacité souscrite auprès de votre fournisseur d’électricité.
C’est là que le dimensionnement devient critique. Vous avez deux approches.
La solution dite « statique » consiste à souscrire un abonnement électrique supérieur chez votre fournisseur. Si vous voulez alimenter 10 bornes de 7,4 kW simultanément, comptez 74 kW de puissance à prévoir, ce qui suppose une arrivée triphasée dimensionnée en conséquence et un transformateur capable de suivre. Cette approche est simple à déployer, mais le coût d’abonnement grimpe linéairement.
La solution dynamique, plus économique à long terme, repose sur un gestionnaire d’énergie (souvent appelé load management ou smart charging) qui répartit la puissance disponible entre les véhicules branchés. Si votre arrivée délivre 36 kVA et que trois voitures sont connectées, le système alloue 12 kVA à chacune, puis réajuste en temps réel quand une batterie approche de sa pleine charge ou qu’un véhicule se déconnecte. Cette solution est quasi obligatoire dès que vous dépassez une dizaine de points de charge.
Un point trop souvent négligé : la protection différentielle. Une borne de recharge doit être protégée par un interrupteur différentiel de type A (courant continu résiduel) ou un disjoncteur dédié avec fonction DC leakage. L’impact des différentiels sur la qualité du réseau électrique interne est bien documenté, comme nous l’avons vu avec les interférences que les différentiels peuvent causer sur un réseau CPL. Une installation mal protégée, c’est le risque de déclenchements intempestifs qui mettent hors service l’ensemble des bornes d’une même branche.
Combien coûte la mise en conformité
Parlons chiffres sans en inventer. Les devis réels varient du simple au triple selon que vous partiez d’un parking déjà pré-équipé, que le tableau général soit à moins de dix mètres des places, ou que vous deviez tirer des câbles de forte section à travers trois niveaux de sous-sol.
Pour une borne AC de 7,4 kW, le matériel seul coûte entre 900 et 1 500 euros selon le fabricant et le niveau de finition (écran, badge RFID, connectivité OCPP). L’installation par un électricien qualifié IRVE ajoute entre 800 et 2 500 euros, selon la distance au tableau et la complexité du chemin de câble.
Pour une borne DC rapide (50 kW et plus), le coût du matériel dépasse 15 000 euros, et l’installation peut facilement doubler la facture à cause des travaux de génie civil et de la mise à niveau du poste de transformation.
Le coût du pré-équipement d’une place (gaine, câble, signalisation) se situe entre 300 et 600 euros par emplacement quand il est fait pendant la construction. Le refaire après coup dans un parking existant double ce montant à cause des travaux de percement et de passage de gaines.
Les aides publiques évoluent chaque année. Le programme ADVENIR, géré par l’AVERE, subventionne une partie des coûts pour les entreprises sous conditions. Les montants précis et les taux de prise en charge changent régulièrement : la seule démarche fiable est de consulter le site officiel du programme avant d’engager un devis. Certaines régions ajoutent des subventions complémentaires, d’autres non. Ne comptez pas sur une aide pour équilibrer votre budget : considérez-la comme un bonus si elle tombe, pas comme un prérequis.
À ces coûts directs s’ajoute le coût d’abonnement électrique. Une entreprise qui passe d’une puissance souscrite de 36 kVA à 72 kVA verra sa facture d’abonnement augmenter de plusieurs centaines d’euros par an, avant même d’avoir consommé le premier kWh.
Les pièges du pré-équipement au rabais
Le décret LOM impose le pré-équipement, mais ne définit pas précisément ce qu’est une place pré-équipée « de qualité ». Résultat : certains promoteurs se contentent de passer une gaine vide et un câble de section minimale, sans vérifier que le tableau général pourra accueillir les disjoncteurs supplémentaires.
Ce que vous devez exiger : un câble dimensionné pour 22 kW par place (section 10 mm² en triphasé), même si vous installez des bornes de 7,4 kW aujourd’hui. Le surcoût matière est marginal par rapport au coût de remplacement du câble dans cinq ans quand les véhicules accepteront une charge plus rapide.
Autre piège : l’absence de communication entre la borne et le bâtiment. Une borne non connectée à un gestionnaire d’énergie, c’est une borne qui ignore l’état du réseau. Dans un projet de centralisation domotique mal conçu, nous avons vu comment l’absence de protocole de communication standard entre les équipements pouvait paralyser une installation. Le parallèle avec les bornes de recharge est direct : exigez une borne compatible OCPP 1.6 ou 2.0, le seul protocole ouvert et standardisé dans le monde de la recharge électrique.
Choisir une borne : AC, DC, et le critère qui compte vraiment
Pour une entreprise, le choix se résume à deux familles : la recharge AC lente ou accélérée (3,7 à 22 kW), et la recharge DC rapide (50 kW et plus). Sauf si vous gérez une flotte de véhicules qui doivent repartir en moins d’une heure, la recharge AC suffit dans 90 % des cas. Un salarié qui reste au bureau huit heures recharge intégralement une batterie de 60 kWh sur une borne de 7,4 kW.
Ce qui distingue une borne professionnelle d’une borne grand public, ce n’est pas la puissance, c’est la pilotabilité. Une borne OCPP se connecte à n’importe quel back-end de supervision, local ou hébergé. Vous pouvez facturer la recharge au kWh, gérer les droits d’accès par badge RFID, planifier les plages horaires, et remonter la consommation dans votre comptabilité énergétique.
Nous recommandons systématiquement une architecture local-first : le contrôleur de charge doit fonctionner même si la liaison internet est coupée. Certains fabricants proposent des bornes dont le paramétrage dépend entièrement d’une application cloud. C’est inacceptable pour un usage professionnel : une panne de DNS ou une fermeture de service chez l’hébergeur, et vos bornes deviennent inutilisables.
L’interopérabilité est l’autre critère discriminant. Une borne qui ne parle que le protocole propriétaire du fabricant est une impasse. Le standard OCPP garantit que vous pourrez changer de logiciel de supervision sans changer les bornes, exactement comme le protocole CPL-X10 ou ZigBee garantit qu’un éclairage connecté survit au fabricant.
Enfin, ne sous-estimez pas la consommation en veille. La plupart des bornes AC consomment entre 2 et 8 watts quand aucun véhicule n’est branché, simplement pour maintenir la connexion réseau et l’électronique de contrôle. Sur 10 bornes, 365 jours par an, ça représente entre 175 et 700 kWh. Ce n’est pas négligeable dans le bilan énergétique du bâtiment.
Questions fréquentes
Faut-il équiper les parkings extérieurs non couverts ?
Non, l’obligation ne concerne que les parkings clos et couverts. Un parking de surface, même attenant au bâtiment, n’est pas visé par l’article 64 de la loi LOM. Cela dit, beaucoup d’entreprises choisissent d’équiper volontairement leurs places extérieures pour répondre à la demande des salariés.
Quelle est la différence entre le pré-équipement et l’installation d’une borne ?
Le pré-équipement consiste à tirer les gaines, les câbles, et à réserver les emplacements dans le tableau électrique. L’installation consiste à poser la borne murale ou sur pied, à effectuer le raccordement final et la certification par un électricien IRVE. On peut pré-équiper sans installer de borne dans l’immédiat.
Puis-je facturer la recharge aux salariés ?
Oui, techniquement. Une borne avec module de facturation intégré ou connectée à une plateforme de supervision permet de refacturer le kWh au prix coûtant ou avec une marge. La mise en place est simple d’un point de vue technique, mais le volet social (avantage en nature, déclaration URSSAF) mérite d’être clarifié avec votre comptable.
Les places de parking doivent-elles être réservées aux véhicules électriques ?
La loi impose que les emplacements équipés soient signalés et réservés aux véhicules électriques ou hybrides rechargeables. En pratique, c’est l’usage qui détermine si la signalisation suffit ou si un contrôle d’accès (badge, barrière) est nécessaire pour éviter le stationnement de véhicules thermiques sur ces places.
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